Introduction

Dans cet article, je vous invite à explorer une perspective novatrice dans le domaine de la santé mentale : l’approche intégrative de la santé mentale.

La santé mentale intégrative est une approche holistique et personnalisée qui s’appuie sur la vitalité de toutes les fonctions dynamiques contribuant au bien-être subjectif de l’individu, à sa participation active et épanouissante à la vie en société, et facilitant un rétablissement naturel face aux difficultés de la vie.

Cette définition s’appuie sur différents concepts scientifiques que je vous propose de développer dans cet article.

 

 

De la santé à la santé mentale

Dans son préambule de la Constitution de 1948, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la santé comme un « état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consistant pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition pose les bases d’une approche globale de la santé. Elle introduit la notion de bien-être, qui fera évoluer la définition de la santé mentale. Ce qui éloignera progressivement la santé mentale d’une perspective réductrice pour aller vers une vision plus riche et multidimensionnelle.

Dans ce contexte d’après-guerre, la santé mentale était encore étudiée à travers le prisme d’un modèle binaire basé sur la présence ou l’absence de troubles mentaux. Un trouble psychique était soit diagnostiqué, soit absent. Cette vision limitative se reflètait dans les éditions successives du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM) de l’Association Américaine de Psychiatrie, qui classe et traite les troubles mentaux utilisés par les psychiatres.

Par le suite, prenant appui sur l’évolution de la définition de la santé, Jahoda (1958) suggère que la simple absence de maladie mentale ne suffit pas à garantir une bonne santé mentale. Ses travaux sont prémonitoires des évolutions futures du concept.

la perspective bio-psyho-sociale

La notion de “santé mentale fonctionnelle” apparaît un peu plus tard et naît tout d’abord d’une conception élargie de la santé, proposée par Engel en 1977 : la perspective bio-psycho-sociale. Cette approche globale de la santé et de la maladie intègre des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Elle propose une réponse aux limites du modèle biomédical traditionnel, qui se concentrait principalement sur les aspects biologiques de la maladie.

Le modèle biopsychosocial représente un changement significatif par rapport au modèle médical traditionnel. En pratique, les structures de soins intègrent petit à petit les dimensions biologiques, psychologiques et sociales de la santé.  L’accent est mis sur les soins globaux, holistiques, et la prise en compte des émotions. Elle pose les premières bases de l’approche fonctionnelle développée plus tard.

De la santé mentale à la santé mentale positive

Au début des années 2000, les travaux empiriques de Keyes et de Huppert et Whittinton mettent en évidence l’indépendance entre le bien-être et les troubles psychologiques. Leurs travaux sont à l’origine d’un double continuum : d’une part, la présence ou l’absence de troubles psychique et d’autre part, le niveau de bien-être subjectif.

La psychologie positive prend son essor après les années 2000 et devient un courant de recherche qui se focalise sur l’épanouissement personnel tout en reconnaissant l’existence de la souffrance. Elle cherche à développer des outils pour des interventions efficaces et pertinentes. Elle est définie comme « l’étude des conditions et des processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal des personnes, des groupes et des institutions » (Gable et Haidt, 2005).

Au fil du temps, le continuum du bien-être est remplacé par la notion de santé mentale positive qui associe le bien-être subjectif à un certain niveau de fonctionnement psychologique et social.

Evolution de la notion de santé mentale

En 2004, l’OMS met à jour sa définition en réponse à ces critiques, affirmant désormais que « la santé mentale correspond à un état de bien-être mental dans lequel l’individu peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail fructueux et contribuer à la vie de sa communauté ». Cette définition enrichie intègre des concepts clés tels que le bien-être, le potentiel de développement personnel, la capacité d’apprentissage et de travail, ainsi que la contribution à la société.

Ainsi, l’évolution de la définition de la santé mentale l’éloigne de l’ancienne perspective centrée uniquement sur l’absence de pathologie, pour se diriger vers une approche plus positive de la santé mentale, organisée autour de processus permettant le maintien de son équilibre.

Double Continuum santé mentale intégrative-Elisabeth Grimaud 2024

Le rétablissement naturel

L’impact pscyhologique de la guerre sur la population avait souligné la nécessité de traitements efficaces pour les troubles psychologiques mais il avait également mis en lumière des processus de résilience et des facultés de récupération des personnes. Une des grandes figures, Viktor Frankl, un psychiatre et survivant de l’Holocauste, est à l’origine de nouvelles idées sur la recherche de sens et la résilience face à l’adversité extrême.

Cette résilience est liée aux capacités naturelles de rétablissement de l’être humain face à une adversité. Il est doté de processus permettant le maintient de l’homéostasie physique mais aussi de l’équilibre psychique. Dans un document intitulé “La santé mentale dans les situations d’urgence“, l’OMS met en avant les conséquences nuisible d’une sur-aide sur le plan psychologique et encourage à l’information sur le rétablissement naturel.

Ces observations ont conduit à une réflexion plus large sur la manière dont nous percevons et traitons la santé mentale, ouvrant la voie à des approches innovantes comme la santé mentale fonctionnelle.

vers une vision fonctionnelle de la santé

Parallèlement aux avancées concernant la santé mentale, une approche intégrative de la santé en médecine est apparue depuis les années 1990. Développée pour répondre aux limites de la médecine conventionnelle, cette approche offre une vision plus globale et personnalisée des soins de santé. Le concept de médecine fonctionnelle a été popularisé par le Dr. Jeffrey Bland, qui a souligné l’importance de comprendre les interactions complexes entre les facteurs génétiques, environnementaux et de style de vie dans le développement et la gestion des maladies chroniques. La médecine fonctionnelle met l’accent sur l’identification et le traitement des causes profondes des maladies plutôt que de se concentrer uniquement sur les symptômes.

La transition de la médecine fonctionnelle à la santé fonctionnelle s’est opérée grâce à l’évolution des concepts et des pratiques qui ont élargi le champ d’application de la médecine fonctionnelle. De même que la définition de la santé a évolué vers la notion plus large de bien-être global, la médecine fonctionnelle a progressivement inclus des dimensions sociales, psychologiques et environnementales. Cette évolution reflète une compréhension plus holistique de la santé, où le bien-être mental et social est aussi important que le bien-être physique.

Au-delà du fonctionnement, la vitalité

La notion santé mentale positive éclaire sur les facteurs psychologiques contribuant à une santé mentale épanouie. Récemment, l’approche processuelle de la mentale a émergé, mettant en exergue les processus, c’est-à dire les multiples systèmes en interaction qui contribuent à une santé mentale épanouie.

Au-delà, la santé mentale nécessite le bon fonctionnement des processus biologiques, psychologiques, émotionnels et sociaux qui contribuent au bien-être subjectif de l’individu et à sa capacité à participer de manière épanouissante à la vie en société. Elle ne se limite pas à une vision mécaniste de la santé, elle englobe la vitalité des processus qui la sous-tendent et ceux qui concourent au rétablissement naturel, c’est-à-dire à ceux qui soutiennent l’équilibre de la vie psychique.

A titre d’exemples et de manière non exhaustive, ces processus impliquent la régulation physiologique et neurophysiologique, les facteurs génétiques et épigénétiques, les compétences cognitives et comportementales, l’activité physique, le mode de vie, la dimension psychique, la composante spirituelle, les relations interpersonnelles et les relation à l’environnement ainsi que la participation à la vie en société.

L’approche intégrative de la santé mentale

La santé mentale intégrative est un concept multifacette qui englobe la santé mentale positive et la vision fonctionnelle de la santé. Cette approche holistique prend en compte l’individu dans sa globalité, incluant les dimensions biologiques, psychologiques et environnementales de manière personnalisée. Plutôt que de considérer ces dimensions de manière isolée, elle examine les interactions dynamiques entre elles, offrant ainsi une vue d’ensemble cohérente, tout en respactant la spécificité de chaque individu.

Elle correspond au bien-être subjectif de l’individu, évalué par la satisfaction de vie et les émotions perçues et inclut la capacité à participer activement et de manière épanouissante à la vie sociale et communautaire. La participation active et épanouissante à la vie sociale est un signe de bonne santé mentale, car elle montre que l’individu peut non seulement fonctionner de manière adéquate mais aussi tirer du plaisir et du sens de ses interactions sociales et de ses activités. Elle soutient l’ensemble des systèmes concourant à la santé mentale positive.

Conclusion

La santé mentale intégrative est un concept complexe du fait de son approche holistique. Elle met en avant l’importance des interactions dynamiques et des processus constructifs qui soutiennent la vitalité psychique et une contribution épanouissante à la société.

Avec l’émergence croissante des interventions non médicamenteuses, cette approche offre des perspectives encourageantes pour des accompagnements plus complets et personnalisés, visant à renforcer le bien-être et le vivre ensemble et favoriser le rétablissement naturel. Elle ouvre la voie à des pratiques intégratives où santé et santé mentale se soutiennent mutuellement et contribuent à la qualité de vie.

 Sources :

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